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Les vaisselles protohistoriques de Corse (2) : le Bronze ancien 2 (1850-1650 av. J.-C.)

Le Bronze ancien 2 connaît deux phénomènes importants. Le premier s’individualise en domaine domestique avec la phase de maturation architecturale des monuments turriformes qui connaissent leur première diffusion après les édifices isolés du BA1. Le deuxième élément est matériel. Le mobilier céramique associé, homogène à l’échelle de l’île, s’inscrit en grande partie dans l’assemblage baptisé « Tappa-Tiresa-Mugliunaccia » dont les principaux marqueurs sont la jarre à épaulement marqué et col évasé ou vertical, la fréquence des tasses et des formes basses à profil trapu et fond souvent épais ainsi que l’anse coudée, notamment sur tasse.
Ce dernier élément est un révélateur de l’ouverture de l’île sur la Tyrrhénienne, contrastant par là même avec les replis d’époque terrinienne (Néolithique final) ou sub-terrinienne (Bronze ancien 1).

Présents sur les trois sites éponymes, l’assemblage du Bronze ancien 2 se décline aussi à Cucuruzzu, Basì et Alo-Bisughjè (torra Est). A Castellucciu-Calzola, l’essentiel du mobilier de l’âge du Bronze est à ranger dans cette phase.

Vaisselles typiques du Bronze ancien 2, faciès « Tappa-Tiresa-Mugliunaccia »

A Filitosa et au Monte Ortu, à un degré moindre à Cuntorba, l’époque semble constituer une période précédant de peu l’époque d’occupation optimale ou, du moins, celle qui nous a laissé le plus de vestiges. On connaît aussi des fréquentations au Bronze ancien 2 aux Stretti di Poghju, à Capu Retu, Campu Stefanu, I Calanchi-Sapar’Alta, Tanchiccia, Tusiu  et U Grecu. A Rostinu, Castiglione ou Castidetta-Pozzone, l’occupation au Bronze ancien 2 est plus hypothétique. On conclura sur les vaisselles domestiques en gardant à l’esprit que si les nouveautés sont évidentes, elles témoignent autant d’une innovation locale (jarres épaulées) que d’apports exogènes (fréquence des tasses et anses coudées). A cette origine dichotomique, on rappellera l’influence technique et morphologique terrinienne qui s’exprime peut-être encore dans les fonds plats, les anses rubanées et la forme des lèvres.

Le second phénomène est observable à l’échelle de trois ensembles clos funéraires. La séquence de 19 petits récipients du dolmen de Settivà est l’exemple même des dépôts sépulcraux du Bronze ancien 2 tels qu’ils s’expriment dans tout l’espace tyrrhénien, où la tasse à monoanse coudée jouit d’un statut inégalé depuis le gobelet campaniforme.
Plus originales sont les séries de Minza-Castellucciu et de Murteddu[1], à fort degré de similarité, et au sein desquelles sont présentes les classiques tasses. Celles-ci sont accompagnées de plusieurs coupes biconiques à pied haut diversement aménagées (sans anse, monoansées, biansées, anses coudées ou non, pied fenestré, décors en chevrons réalisés selon des techniques différentes).
La forme trouve des parallèles évidents en Sardaigne à la même époque, soit probablement vers le début du Bronze ancien 2. Alors que la constitution de ces dépôts semble donc essentiellement inspirée de formes et de pratiques extérieures, la tradition néolithique n’est pourtant pas loin à Murteddu avec des coupes ornées de chevrons gravés ou cannelés qui rappellent les classiques décors terriniens, même si la technique d’obtention et les formes sur lesquelles ils s’appliquent sont très différentes.
On déplorera ici le fait qu’aucune datation absolue ne vienne définitivement confirmer l’attribution chronologique de ces productions funéraires. Par l’intermédiaire des phénomènes culturels qui s’exercent sur les céramiques d’ambiance domestique ou funéraire, le Bronze ancien 2 apparaît comme une époque dynamique et ouverte alors que la tradition néolithique, bien que largement décroissante s’exprime encore par soubresauts.
C’est pour cette raison que l’on peut considérer cette phase, de la même façon qu’en Toscane[1], comme le véritable début de l’âge du Bronze insulaire.

[1] « Uno dei principali elementi che consente di fissare l’inizio dell’età del Bronzo può essere riconosciuto nei processi connessi alla dinamica della communicazione culturale: alla diffusione generalizzata in età eneolitica di idee diversamente recepite da gruppi locali con marcate connotazioni autonome seggue l’avvio, determinato dall’attivarsi di una sempre più fitta rete di collegamenti tra le diverse zone, di una vera e propria circolazione di specifi modelli, elemente unificante delle manifestazioni culturali delle varie entità territoriali ancora, communque, contradistinte da caratteri peculiari che nel corso dell’epoca in esame, pur in tempi e con ritmi diversi, per una serie di fattori concomitanti vengono gradualmente ad attenuarsi » (Cocchi Genick et Sarti, 2001, p. 95).

Chronologie radiocarbone des différents faciès céramiques protohistoriques de Corse (état 2009)

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