HAUT

Fortifications oubliées du sud de la Corse

CASTEDDU DI CHIRGHINU VISCONTI – CASTEDDU DI U CONTI PAZZU

Toujours sur la commune de Sotta, au sud ouest du CASTELLUCCIU, le rouleau 36 du Plan Terrier (ADCS) mentionne un CASTELLO DELLI CUPONI et, fait rare, il matérialise celui-ci par un minuscule carré flanqué de la mention « château ruiné ». Le cadastre du 19 ° siècle de la commune de Sotta (section A dite de Borivoli, feuille 3 ADCS) désigne les parcelles 153 et 161 par le toponyme de Castellucciu. Ces parcelles enserrent le ruisseau de Trovone Minuto, affluent de celui de Pinarellu, qui prend sa source aux abords immédiats du site désigné par le Plan Terrier.

L’accès au site est difficile et a nécessité l’ouverture d’une trace dans une pinède envahie de maquis à partir du même chemin qui mène vers la TIA. Nos efforts ont été récompensés car à l’altitude 780 mètres, un sommet granitique est fermé sur sa face nord par une muraille d’une dizaine de mètres de long, d’environ deux mètres de haut et de large. Cet enceinte, assez bien conservée, dispose d’un accès, dans lequel, à droite en entrant, se trouve une guérite qui rappelle celle du CASTEDDU D’ARAGHJU et permet donc de penser à une probable contemporanéité de ces deux sites soit le Bronze Moyen. Sur ces trois autres faces, le casteddu présente des à pics qui ont dispensé ses bâtisseurs d’efforts supplémentaires. Au sud, il surplombe les bergeries ruinées de CHIRGHINU.

Pour ce site, on se trouve donc avec pléthore d’appellations : CASTELLO DELLI CUPONI pour le Plan Terrier , CASTEDDU DI U CONTI PAZZU pour la tradition orale et CASTEDDU DI CHIRGHINU VISCONTI pour la littérature archéologique.

 

La "guerite".

LE MASSIF DE BAVELLA ET LA VALLEE DE LA SOLENZARA

U CASTELLACCIU

Ce toponyme (Punta di U Castellacciu) est porté sur la carte IGN au 1/25000 de Bavella avec la mention tour ruinée (altitude 585 m) sur la commune de Sari Solenzara. La silhouette très impressionnante et caractéristique du CASTELLACCIU domine l’ancien chemin qui de Sari menait vers Bavella en passant au pied des châteaux du SCONTRU et de ROCCATAGLIATA (voir nos articles sur la toponymie de Rinucciu Della Rocca) puis traversait l’ancien village d’ARGHJAVARI et sa chapelle San Petru avant d’escalader le col.

L’accès se fait depuis le sud par des chemins de chasseurs. On prend pied ainsi sur la crête de la Nuva et on entame l’ascension (pas très facile et exposée) par l’arête sud est du CASTELLACCIU. Au sommet de celui-ci on découvre une plate forme d’environ 150 à 200 mètres carrés qui domine les environs d’une centaine de mètres. On discerne les arases maçonnées à la chaux d’une tour carrée de cinq mètres sur cinq, celles d’une enceinte périphérique et d’un bâtiment accolé aux deux structures précédentes. Il s’agit donc bien d’un ensemble fortifié de type casteddu et non pas d’une simple tour. Sur le sol on a pu y découvrir quelques morceaux de taegulae et une fusaïole en terre cuite. Les premiers attestent soit d’une couverture en tuiles romaines soit du réemploi de tuiles antiques qui, une fois broyées, ont pu servir à fabriquer un mortier de tuileau pour l’étanchéité de la citerne (les restes de celle-ci sont à découvrir). Cette pratique de récupération de matériaux « antiques » dans la construction de fortifications médiévales est bien décrite par le médiéviste Daniel Istria ( Pouvoirs et fortifications dans le Nord de la Corse XI°-XIV° siècle aux Editions Alain Piazzola 2005 ). La seconde atteste d’une activité de filage et conforte l’idée que cette fortification n’avait pas qu’une simple fonction militaire.

En conclusion, la visite de casteddu pose le problème de son identité car ce n’est pas le terme générique de Castellacciu qui peut nous éclairer sur celle-ci .Si le péjoratif employé peut conduire à des hypothèses sur la qualité de la construction voire sur l’histoire dramatique de ce château, aucun indice dans la toponymie des alentours ou dans les textes dont nous disposons ne nous permettent de donner une identité historique à ce site. On remarquera quand même que sa situation géographique, à équidistance du casteddu de ROCCATAGLIATA et du village de SARI (4500 mètres environ) et en surplomb, et donc en contrôle, de la route Sari-Bavella, l’inscrit dans un maillage du territoire qui pose une fois encore le problème de l’emprise féodale sur cette région.

 

Les arases de la tour.

 

Vue générale depuis l'ouest.

CASTELLU

Le toponyme Punta di U Castellu est porté sur la carte IGN au 1/25000 de Bavella, sur la commune de Solaro, au point coté 782 m. L’accès se fait grâce à une piste forestière depuis le sud, piste que l’on abandonne ensuite au profit d’un ancien chemin.

Il s’agit d’un petit site pré historique à proximité immédiate d’un site pastoral (bergeries et source dites de castellu à la feuille 4 de la section F du cadastre napoléonien de SOLARO).

Il est difficile aujourd’hui de lire un plan dans les éboulis informes qui marquent l’endroit. La raison d’être de ce casteddu est certainement son voisinage, environ 300 mètres, avec l’ancien chemin de transhumance de Sari à Tova. Ce chemin, porté sur le cadastre du 19°, venait plein nord depuis la vallée avant de décrire à cet endroit précis un coude à 90° vers l’ouest en direction de Bocca a u Saltu.

Le site de castellu démontre une nouvelle fois la permanence des itinéraires, depuis la pré histoire jusqu’au dix neuvième siècle voire jusqu’aux années cinquante.

16 commentaires. Ecrire un commentaire

Ecrire un commentaire

Votre email ne sera jamais publié ou partagé.

Vous pouvez utiliser ces tags et attributs HTML :<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>