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ITW de Maxime RAGEOT, doctorant en chimie des matériaux archéologiques

Cette interview est le premier volet d’une série d’entretiens réalisés avec les « experts » de la fouille de Cuciurpula. Aujourd’hui, l’Associu Cuciurpula convie Maxime Rageot, doctorant de l’Université de Nice, à s’exprimer sur ses recherches à propos d’une utilisation particulière, et unique à l’échelle de la Méditerranée, des matières premières végétales durant l’âge du Fer. Une façon de dire que les Cuciurpuliens anciens recherchaient déjà du bouleau…

Associu Cuciurpula : Bonjour Maxime Rageot, présentez-vous en quelques mots.

Maxime Rageot : Je suis actuellement doctorant au CEPAM (Centre d’Etudes Préhistoire, Antiquité, Moyen Âge, UMR 6130) à Nice. J’étudie les restes organiques utilisés notamment pour leurs propriétés adhésives, odoriférantes ou imperméabilisantes, qui ont pu se conserver en contexte archéologique.

A.C. : Quel est votre rôle dans l’équipe de fouilles de Cuciurpula ?

M.R. : Mon rôle est de prélever les échantillons contenant de la matière organique, de les analyser ensuite et enfin, de les identifier. L’objectif est, tout d’abord, de caractériser le matériau et/ou  les matières premières d’origine.

Maxime Rageot dans son laboratoire

A.C. : Quelles sont les méthodes utilisées dans votre spécialité ?

M.R. : La caracterisation du matériau s’effectue en plusieurs étapes. Nous l’analysons au préalable par Spectrométrie Infra-Rouge à tranformé de Fourrier. Cette technique nous indique principalement si le matériau est organique ou non. S’il s’agit effectivement d’un échantillon organique, nous l’analysons ensuite par Spectrométrie de Masse en introduction directe. Cette autre technique nous renseigne sur les familles chimiques qui composent le matériau. Pour finir nous l’analysons par Chromatographie en Phase Gazeuse. Cette méthode, couplée à la spectrométrie de masse, permet de séparer les molécules du matériau et de les identifier en les comparant à des résines ou goudrons contemporains issus d’un référentiel de référence.

A.C. : Avec quels résultats sur le site ?

M.R. : Nous avons pu identifier sur le site de Cuciurpula du brai de Bouleau. C’est un adhésif fabriqué par pyrolyse de l’écorce de Bouleau, un arbre caractéristique – bien qu’aujourd’hui peu développé* – des montagnes corses, en milieu anaérobique. Il est connu depuis le Paléolithique moyen et est, à notre connaissance, le matériau synthétique le plus ancien produit par l’Homme. Cet adhésif a pu être utilisé pour maintenir les emmanchements d’outils, réparer des recipients en céramique (probablement le cas sur le site de Cuciurpula) ou comme imperméabilisant.

A.C. : En quoi ces résultats sont-ils intéressants ?

M.R. : Retrouver en Corse du brai de Bouleau était inattendu. Pour cette période et cette aire géographique, nous pensions plutôt retrouver une résine (de conifère ou autre), souvent utilisée pour la confection d’adhésifs en Méditerranée. Une technique différente de celles de ses voisins méditerranéens était  donc développée en Corse à l’âge du Fer.

A.C. : Pour finir, quel type de découverte aimeriez-vous réaliser à Cuciurpula lors des prochaines campagnes ?

M.R. : Il serait intéressant de retrouver d’autres restes organiques et de continuer leur caractérisation. Un second enjeu sera d’étudier le matériau lui-même et ainsi, essayer de mieux comprendre les procédés de sa fabrication qui restent encore très mal connus, cela se fera notamment par le biais d’expériences d’archéologie expérimentale.

* En Alta Rocca, les massifs de Bouleau sont aujourd’hui limités à quelques individus que l’on peut voir aux abords de la route de Quenza à Zonza. On nous a  aussi signalé récemment une bouleraie au sud de la crête de Castellucciu, dans la partie orientale de la vallée d’Asinau.

Tessons recollés. Remarquer l'adhésif bien visible en coupe (cliché CEPAM)

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