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Les vaisselles protohistoriques de Corse (1) : le Bronze ancien 1 (2200/2000 – 1850 av. J.-C.)

La définition de cette phase revient à poser la question de la transition Néolithique/Bronze ancien en termes chronologiques, culturels et matériels. Autrement dit, que devient, à l’échelle de l’île, le Terrinien, seul système culturel identifié en Corse – et pour toute la Corse (Tramoni, 1998) – pour le Néolithique final/Chalcolithique ?

Il est admis depuis les fouilles d’I Calanchi-Sapar’Alta que le Terrinien touche non seulement la fin du IIIe mais également les premiers temps du IIe millénaire. Sur ce site, les principaux marqueurs (décors de chevrons incisés, formes basses à perforations sub-labiales alignées, fusaïoles biconiques, caractère binaire des protocoles techniques de production de la vaisselle, etc.) sont présents dans les niveaux datés au radiocarbone approximativement jusqu’au XIXe siècle.
Les sites de Tappa et de Castellucciu-Calzola connaissent également une occupation continue à la charnière entre IIIe et IIe millénaire (Cesari et Jehasse, 1978). Tappa n’a pas livré de vestiges terriniens ou de tradition terrinienne mais on rappellera qu’il s’agit de fouilles anciennes et que des tris ont pu être effectués dans le mobilier, comme cela est le cas notamment à Araghju, Ceccia, Cucuruzzu et Alo-Bisughjè. En revanche, le vaste ensemble de Castellucciu-Calzola présente quelques fragments à perforations sub-labiales et des fusaïoles biconiques qui ne dépareraient pas dans un Terrinien classique.

Le même mobilier provient des sondages de Capu Retu, où figurent aussi toutefois des anses coudées plus caractéristiques du Bronze ancien 2, plaçant ainsi l’occupation (ou l’utilisation funéraire du site ?) dans un contexte global du Bronze ancien.
La même remarque s’applique pour l’abri d’Araguina-Sennola, où les mêmes formes basses de tradition terrinienne furent découvertes (Lanfranchi et Weiss, 1997, fig. 302). Le mobilier sépulcral du coffre de Palaghju ne présente aucun élément flagrant d’affiliation terrinienne. Il illustre pourtant des liens évidents avec des rites campaniformes et épicampaniformes (Peretti, 1966), phénomène également reconnu pour le Terrinien (Camps et Cesari, 1991 ; Lemercier et al., 2007). Bien que ramené à un épisode récent du Bronze ancien (D’Anna et al., 1996, p. 230 ; Guilaine, 1996, p. 62 ; Lanfranchi et Weiss, 1997, p. 271 ; Tramoni, 1998, p. 182), voire au début du Bronze moyen (Camps, 1988a, p. 168), on préfèrera replacer cet ensemble clos dans la phase initiale du Bronze ancien, peut-être vers la fin du Bronze ancien 1, en considérant que jattes à pied annulaires et tasses carénées sont des prototypes plutôt que des formes dérivées des séquences funéraires du Bronze ancien 2 de Murteddu, Minza-Castellucciu et Settivà (Grosjean et al., 1976).

Il semble que la sépulture en grotte de San Michele (David, 2000) puisse, elle aussi, être intégrée à cette phase. Même s’il en est peu question ici, on rappellera que le BA1 connaît également la genèse des monuments turriformes de l’île (Tramoni, 1998), avec les monuments « proto-turriformes » d’I Calanchi-Sapar’Alta et d’Alo-Bisughjè (torra Ouest)[1], avant les grands développements architecturaux du Bronze ancien 2 et leur multiplication au Bronze moyen 1. Sur ces bases temporelles encore mal assurées, on propose l’intervalle 2200/2000 à 1850 av. J.-C. pour définir chronologiquement le Bronze ancien 1. Le terminus post quem (2200-2000 av. J.-C.) est volontairement lâche. Il correspond à un épisode pendant lequel le Terrinien ne semble pas avoir amorcé son démantèlement. En Italie septentrionale, cette époque connaît l’avènement des formes du Bronze ancien inspirées du pôle d’Únětice.
Dans ces régions, les datations dendrochronologiques participent largement à la compréhension chronologique des évolutions matérielles (Bermond Montanari et al., 1996 ; de Marinis, 1999 ; de Marinis et al., 1996 ; Fasani et Martinelli, 1996 ; Martinelli, 1996)[2] et donnent un contexte voisin à la Corse. Le terminus ante quem (1850 av. J.-C.) correspond à une somme de probabilité maximale des pics radiocarbone pour la phase finale mais optimale des courbes de datage et date donc la fin des témoignages flagrants d’héritage terrinien dans les séries céramiques. Elle signe donc le véritable passage dans l’âge du Bronze et peut-être aussi l’introduction de l’alliage (par exemple : hache plate de Cucuruzzu ; Lanfranchi et Weiss, 1997, p. 267).

Alo-Bisughjè (Bilia), vue sur le monument turriforme oriental. Le site est occupé dès la fin du Bronze ancien 1

 


[1] Aucun élément terrinien ne nous est cependant parvenu pour cet édifice.

[2] Intervalle dendrochronologique pour le Bronze ancien 1 du lac de Garde : 2171-1834 Cal. BC (Fasani et Martinelli, 1996). Datation radiocarbone pour le Bronze ancien 1 de Toscane : Lastruccia N (Beta-84136), 3760 ± 80, 2300-2030 Cal. BC (Cocchi Genick, 1998, p. 375).

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