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De l’au a coulé sous les ponts … de l’âge du Bronze de l’Argolide (Péloponnèse, Grèce)

Aujourd’hui nous sortons de Corse, direction la Grèce, plus précisément le sud-est du Péloponnèse, à proximité de la petite route menant de Nauplie à Epidaure, à la découverte de trois ponts datés des XIVe/XIIIe siècles avant notre ère, probablement parmi les plus vieux édifices de ce type connus en Europe.

Le pont 1 de Kazarma

Partant de Nauplie en direction de l’est, trois ponts mycéniens (de Mycènes, ville-forteresse grecque de l’âge du Bronze) construits en gros blocs de calcaire sont conservés. Ces ouvrages permettaient de faciliter le fret par chariots et la circulation des chars de guerre entre le secteur côtier de Nauplie/Tirynthe/Midea, l’arrière-pays collinaire d’Epidaure et les mouillages du Kolpos Epidavrou.

Le pont 2 de Kazarma

Les trois ponts permettaient de franchir des torrents saisonniers assez encaissés. Ils présentent une structure similaire assez simple : deux piles massives définissent une galerie voûtée en ogive laissant passer l’eau. Le sommet du pont, large de 5,40 m, est horizontal et sans parapet. L’élévation maximale est d’environ 4 m. La technique de construction en appareil cyclopéen et assises irrégulières rappelle globalement les architectures militaires contemporaines. Notons qu’il est fort probable que bien d’autres ponts étaient jetés sur les cours d’eau de la Grèce mycénienne ; plus légers car construits pour l’essentiel en matériaux périssables, ils ont aujourd’hui disparu, emportés par le temps et par les crues.

Le pont 3 de Kazarma, endommagé par les crues

Ces ponts sont encore utilisés aujourd’hui par des randonneurs et des cyclistes. Pour les archéologues, leur intérêt est de localiser les axes de circulation et de mieux comprendre comment se faisaient les cheminements. Ainsi, la largeur des aménagements rend compte du passage de véhicules à traction animale, chevaux ou bœufs, et pas seulement de piétons.

d'après : http://bloddessais.skynetblogs.be/archive/2015/05/18/le-soldat-mycenien-2eme-partie-8440312.html

Reconstitution d’un char de guerre mycénien

Aussi nombreux qu’aient pu être les structures de franchissement en Méditerranée et en Europe aux temps anciens, peu nous sont parvenues dans un état de conservation aussi satisfaisant que les ponts de Kazarma. Le cas du pont de Tarr Steps, dans le sud-ouest de l’Angleterre, fait débat. Les viaducs rayonnant autour de Knossos, en Crète, sont plus évidents.

Le pont mégalithique (clapper bridge) de Tarr Steps, autrefois attribué à l’âge du Bronze, pourrait être médiéval

En Sardaigne, des ponts nuragiques (datés entre 1500 et 800 av. J.-C.) ont été décrits à Sas Bogagadas (sur le rio Murtazzolu à Birori, Nuoro) et près de Desulo (Nuoro), sans grande certitude. Ces attributions sont faites sur la foi de ressemblances architecturales entre ces constructions et les nuraghi, notamment quant à l’emploi de gros blocs, mais restent à démontrer.

Image associée

Vestiges d’un pont (nuragique ?) sur le rio Murtazzolu

Les mêmes conclusions sont valables pour la Corse, où un seul cas incertain est connu, à Val’di Cuccu, en aval du pont de Calzola sur le Taravu, sur la commune de Casalabriva, soit sur la ligne reliant les grands sites du Bronze ancien et moyen de Castellucciu et de Filitosa-Turrichju.

Parement est d’une structure de franchissement du Taravu à Val’di Cuccu

Cette construction, probablement plus ancienne que le pont de Calzola, est implantée transversalement au cours du fleuve. Il s’agit d’un édifice conçu comme un mur à double parement, en appareil cyclopéen et assises sub-régulières. Les blocs sont assez réguliers dans leur forme mais pas dans leurs dimensions. L’aménagement devait présenter une largeur d’environ 4 m. Sommet à pente régulière vers le nord est stabilisé par de grosses dalles disposées à plat. Il est mieux conservé dans sa partie sud car l’ensablement a ici provoqué une modification du cours du fleuve (en venant buter sur la construction ?), formant un coude. Au milieu, le Taravu a arraché la plus grande parie de l’édifice. Au nord, quelques assises sont visibles de l’autre côté du fleuve. La carrière de granit ayant fourni les flocs se trouve à quelques dizaines de mètres vers l’est. En l’état des connaissances et vu l’importante végétation qui en occulte l’entière perception, il est difficile d’attribuer rigoureusement ce possible pont à l’age du Bronze. Néanmoins, les concordances architecturales relevées avec les exemples grecs montrent que l’hypothèse est recevable.

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