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Une statue-menhir qui pose des questions…

La Corse compte plus d’une centaine de statues-menhirs de la fin de l’âge du Bronze réparties sur l’ensemble de l’île, avec des fréquences plus importantes pour le sud (Sartenais, vallées du Taravu et du Rizzanese). La découverte récente de la statue-menhir de Primaprile, sur la commune de Scherzu, apporte des informations inédites sur ce thème classique des études archéologiques insulaires.

La statue-menhir de Primaprile

En effet, cet exemplaire complet, découvert à proximité du ruisseau de Chiste, haut de 239 cm, sculpté dans le granit local, présente des attributs tout à fait particuliers. La base, de forme triangulaire, est parfaitement conservée. Sa forme et ses proportions sont tout à fait classiques. Cette partie du monolithe était fichée en terre et permettait le maintien vertical du monument. Le fut, assez étroit, est de section sub-circulaire. Juste sous le milieu du monument, une sorte de large ceinture délimitée par deux fines gorges rappelle la statue-menhir de Portigliolu. Sur les côtés, la présence des bras et des mains est nette, comme sur les exemplaires d’I Stantari et de Scalsa Murta. Les épaules et le cou sont marqués et définissent une tête de forme circulaire à menton proéminent. Le visage est matérialisé par une sculpture en T figurant les arcades, les yeux et le nez. Une cupule circulaire représente une bouche ouverte comme sur le monolithe d’U Zitellu. Contrairement à beaucoup de statues-menhirs du sud de l’île, aucune arme n’est ici figurée.

Comme on vient de la voir, la technique d’exécution, la silhouette et les attributs corporels nous apparaissent comme classiques au sein du corpus corse. L’originalité du monument de Primaprile réside dans deux éléments jamais observés auparavant.

Le premier est une figuration en relief placée sous la ceinture. Celle-ci est constituée d’un triangle dont la pointe basse est substituée par un motif en forme de lune dont l’articulation d’ensemble confère un aspect assez évident de queue de poisson. Le personnage ainsi affublé n’est pas sans évoquer les fameuses sirènes de la mythologie scandinave (et non pas les sirènes grecques, mi femmes mi-oiseaux). Cette statue-menhir représenterait-elle une femme et, mieux, un être féminin extraordinaire ? La bouche bée pourrait dans ce cadre être interprétée comme l’expression d’un cri (plaintif et destiné à déstabiliser les marins ?), l’arme fatale des sirènes.

Sirène sculptée, collégiale de Candes-Saint-Martin, XIIIe siècle

Le second est maintenu dans la main droite du personnage. Il s’agit d’une sorte de bâtonnet dont l’extension est rythmée de trois petites cupules. La ressemblance entre cet ustensile et une flute est troublante. Comment dans ce cas ne pas faire le lien entre cette musicalité tacite et le chant suggéré par la bouche ouverte décrite plus haut ?

Suisse, représentation de sirène flutiste, Moyen Âge

L’analyse interprétative n’en est qu’à ses prémices mais les informations fournies par cette statue-menhir se révèleront probablement riches d’enseignement quant à la pensée symbolique et religieuse des sociétés de l’âge du Bronze.

Sirène avec hautbois, art traditionnel haïtien

4 commentaires. Ecrire un commentaire

  1. PANDOLFI ANNIE

    La description est-elle complète? Peut-on voir des motifs dorsaux, « un type de protection en lanières disposées en arêtes de poissons » ? Cela me paraît en tous cas « dans un contexte d’instabilité culturelle… » un exemple « d’un important métissage »

  2. PALMADE

    Alors là, je reste bouche bée! S’agirait-il d’une forme dérivée du fameux menhir pisciforme munchien, trouvé en Transaprilie (source malheureusement inaccessible)?

    • Kewin Peche-Quilichini

      Il se pourrait fort que la toponymie soit ici riche d’enseignement sur ce point.

      • PALMADE

        Effectivement, une étrange coïncidence…ou une piste à creuser!

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