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Les fouilles 2016 à Aculontra (Gavignano, Haute-Corse) : premier bilan sur un site médiéval atypique

Le site d’Aculontra occupe le sommet et le versant sud-ouest d’une éminence rocheuse de forme pyramidale, culminant à 259 m, en rive droite du Golu, à 1 km en amont de sa confluence avec la Casaluna. Il s’agit d’un relief schisteux dont se détachent des blocs naturellement parallélépipédiques. Les parties basses sont recouvertes par des alluvions issues de Castagniccia occidentale, du bassin granitique du Golu et des zones calcaires de la formation de Caporalinu.

La dépression de Giuvellina

La dépression de Giuvellina

Sa première mention remonte à 1909 lorsque les différents aménagements sont reconnus, décrits et publiés par l’ethnologue britannique W. L . H. Duckworth. Ces structures sont alors qualifiées de cyclopéennes et comparées aux nuraghi sardes.

Plan du site réalisé par W. Duckworth (1909)

Plan du site réalisé par W. Duckworth (1909)

Durant les années 1970, le site est redécouvert conjointement par J. Magdeleine, J.-C. Ottaviani, R. Grosjean et J. Liégeois. Ces derniers y auraient découvert une statue-menhir et pratiqué un sondage en 1974, non poursuivi par la suite en raison du décès de R. Grosjean. Des relevés partiels sont réalisés à cette époque par J. Magdeleine, qui souligne l’originalité des constructions, l’absence de mobilier superficiel, la présence d’une tour médiévale sur le sommet et la proximité de l’habitat de Rusumini. Il faut attendre le début des années 2000 pour que le site fasse à nouveau l’objet de relevés préliminaires, dressés par S. Mazet dans le cadre de sa thèse de doctorat.

Vue d'ensemble du relief où est implanté le site

Vue d’ensemble du relief où est implanté le site

La réalisation d’un sondage et d’un bilan documentaire en 2016 à Aculontra résulte d’un intérêt nouveau pour les contextes du nord-est de la Corse, territoire scientifiquement peu investi, surtout matérialisé par les travaux en cours dans la Grotta Laninca (cavité suspendue abritant des inhumations datées du début du Bronze final), située à 4 km à vol d’oiseau. Elle s’intègre aussi dans une réflexion d’ensemble sur l’évolution des formes insulaires de l’habitat et des sphères de production aux âges du Bronze et du Fer car, à l’origine, une datation à ces époques était envisagée.

Vue de la fouille, au-dessus de la vallée du Golu

Vue de la fouille, au-dessus de la vallée du Golu

L’opération a consisté à décrire la tour sommitale et six à sept constructions rectangulaires groupées sur un même flanc étagé.

Vue aérienne de la tour sommitale

Vue aérienne de la tour sommitale

Ces édifices présentent une constante architecturale : appareil cyclopéen à un seul parement, blocs parallélépipédiques, assises irrégulières, plan rectangulaire, chainages d’angle, implantation directement sur le substrat (sur surface plane obtenue après utilisation comme carrière pour fournir du matériau à la construction située en-dessous), accès unique parfois matérialisé par un seuil.

Angle de la structure rectangulaire n° 2

Angle de la structure rectangulaire n° 2

Seul le mur oriental de la structure 1, la plus proche du sommet, présente un large mur à double parement et blocage. Le donjon sommital présente quant à lui un glacis, un parement de petits moellons non équarris liés à la chaux et organisés en assises régulières, soit des normes assez classiques pour ce type de construction dans le nord de l’île aux XIIe/XIVe siècles apr. J.-C.

Parement ouest de la tour sommitale

Parement ouest de la tour sommitale

A l’exception de quelques rares tessons de céramique majolique archaïque (datée de 1350-1500 apr. J.-C.) et autres nodules de pisé, le mobilier superficiel fait défaut. En l’état de la documentation, le caractère atypique des constructions rectangulaires gênait considérablement leur interprétation chrono-fonctionnelle.

Plan de la structure 2, du sondage et des sections de coupe

Plan de la structure 2, du sondage et des sections de coupe

Il a donc été décidé de procéder à un sondage dans l’une d’entre elles. La structure 2, longue de 850 cm et large de 480 cm pour des murs épais de 90 à 100 cm, a été privilégiée car elle semblait avoir subi une érosion minime et offrait un remplissage potentiel optimal grâce à une élévation maximale de plus de 3 m, la plus haute enregistrée sur le site. La fouille a concerné la moitié nord-ouest de sa superficie interne, incluant la zone d’accès. Elle a montré un remplissage constitué de trois horizons sédimentaires en lien avec les murs et un sol de circulation. Le premier est constitué d’apports récents, incluant des clous en fer provenant vraisemblablement de la tour située à quelques mètres au-dessus.

L'effondrement interne du mur sud-ouest

L’effondrement interne du mur sud-ouest

Le second est constitué de l’effondrement des murs, notamment du mur sud-ouest. Cette destruction est posée sur un sol de circulation horizontal scellé par une nappe de charbons de bois correspondant à un niveau d’incendie ou à une importante vidange.

Stratigraphie du sondage ; remarquer le niveau charbonneux

Stratigraphie du sondage ; remarquer le niveau charbonneux

Ce sol constitue le sommet d’un remblai emboité contre la fondation des murs. Ceux-ci sont implantés directement sur un substrat irrégulier. Aucun mobilier n’a été observé dans cette séquence, ne permettant pas d’envisager des interprétations fonctionnelles pour cette structure ni, par extension (renforcée par l’homogénéité des structures), pour les autres édifices rectangulaires. Il a en revanche été possible de dater le niveau charbonneux de la première moitié du XVe siècle apr. J.-C. par l’intermédiaire d’un examen radiocarbone (Wk44093 : 475 BP ± 20 BP, soit 1410-1450 cal. BC à 2 σ). Partant du principe d’homogénéité, on émet l’hypothèse d’une chronologie généralisée des structures rectangulaires du site à la fin du Moyen Âge, selon un fonctionnement indéterminé mais contemporain ou légèrement postérieur à celui de la tour sommitale.

Plan topographique (jaune : tour ; orange : mur à double parement ; rouge : structures rectangulaires ; bleu : sondage) ; équidistance des courbes de niveau : 1 m

Plan topographique d’ensemble (jaune : tour ; orange : mur à double parement ; rouge : structures rectangulaires ; bleu : sondage) ; équidistance des courbes de niveau : 1 m

L’insertion de ce site original et absent des registres de taille dans le schéma d’occupation médiévale de la pieve de Rostino reste à produire. S’il s’agit d’un habitat lié à une micro-fortification, ses caractères atypiques (architecture cyclopéenne, absence de mobilier) le rendent tout à fait original dans une région pour laquelle les villages de cette époque sont pourtant connus de façon très satisfaisante[1].

Reconstitution 3D de la zone de la structure 2

Reconstitution 3D de la zone de la structure 2

[1] Voir les recherches menées par E. Tomas.

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