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Sardaigne et péninsule italique étaient-elles des pays amis de la Corse durant l’âge du Bronze ?

On propose ici de discuter le degré d’infiltration et de réappropriation des modes et des styles originaires d’Italie péninsulaire et de Sardaigne au sein des productions matérielles corses au Bronze ancien, moyen/récent et final. L’objectif est de présenter un schéma évolutif des liens constatés entre les contextes insulaires et continentaux, en termes chronologiques comme géographiques et donc de quantifier le degré d’affinité entre ces Corses d’antan et leurs voisins. A cette occasion seront essentiellement mobilisés les vestiges céramiques et métalliques. En l’absence de textes, les archéologues sont en effet contraints de faire parler des objets dont certains ne sont pas si muets qu’on pourrait le croire.

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La Tyrrhénienne nord : une mer partagée

Au Bronze ancien (2000-1600 av. J.-C.), les mobiliers des sites funéraires corses montrent des connexions avec les corredi (dépôts d’objets accompagnant le défunt) sépulcraux de l’Italie nord-tyrrhénienne et de la Sardaigne, de tradition épicampaniforme. Au début du Bronze moyen (1600-1350 av. J.-C.), les liens entre la Corse et le nord de la Toscane se renforcent au point que, sur l’île, vont se développer plusieurs faciès autonomes bien qu’affiliés au groupe de Grotta Nuova (implanté autour de Livorno). Ces influences ne sont cependant pas exclusives puisqu’on observe également de rares affinités avec des répertoires sardes (nuragique), liguro-piémontais (Viverone) ou d’Italie centro-méridionale (groupes proto-apenniniques). La fin du Bronze moyen et le Bronze récent (1350-1200 av. J.-C.) semblent caractérisés par un amenuisement assez conséquent des relations avec l’espace italique et sarde. Le début du Bronze final (1200-850 av. J.-C.) marque une reprise des échanges techno-stylistiques. A cette époque, le sud de la Corse se caractérise par l’introduction de répertoires originaires de Tyrrhénienne centro-orientale et du nord de la Sardaigne (Gallura), dont la combinaison à des éléments de tradition locale est à l’origine de la formation d’un faciès culturel original. Le milieu du Bronze final est marqué par un nouvel épisode de repli.

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La torra de Ceccia illustre le principe selon lequel l’impact architectural sarde sur le sud de la Corse se superpose à celui observé pour les productions artisanales

Ces considérations ne sont pas applicables à l’ensemble de l’île. A chaque époque, ces Corses ont entretenu (ou pas) des relations comme cela leur convenait le mieux et, sur l’échelle de l’histoire culturelle, des divergences microrégionales ont vu le jour. Ainsi, en simplifiant à l’extrême, si l’ombre de la Toscane plane sur l’île durant toute la période, notamment sur les littoraux, l’influence sarde s’étiole vers le nord et ne nous apparaît évidente qu’au sud du Taravu.

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Céramique apenninique provenant de la zone des Marches, type de décor diffusé à partir de l’Italie centrale au Bronze moyen, y compris vers la Corse

De ces oscillations, dépendant d’initiatives internes et/ou externes autant que de l’évolution permanente des réseaux de navigation, émerge l’idée d’une importante complexité culturelle s’exprimant au sein des sociétés corses de l’âge du Bronze. En fonction du degré d’assimilation et de réappropriation des styles exogènes, les mécanismes culturels inconsciemment véhiculés par ces groupes, que l’on perçoit plus comme récepteurs que comme émetteurs, illustrent une conscience particulière de leur identité face à ce monde d’outre-mer mais aussi face à leurs voisins les plus immédiats.

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L’anthropologue B. Malinovski a longtemps travaillé sur les relations économico-culturelles entre petits groupes séparés par des bras de mer peu importants, mettant en évidence des phénomènes aussi complexes que la kula

Il semble bien qu’une personne résidant dans le Prunelli à ces époques était capable de différencier un potier du Niolu d’un potier du Sartenais, non pas physiquement, mais par l’observation des savoir-faire. Et peut-être aussi par la langue ?

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Il est étonnant de constater une fréquence superposition des phénomènes quantifiables du point de vue linguistique et archéologique en Corse et en Sardaigne

Les voyages forment la genèse

Et les rapports avec le Midi français dans tout ça ? Il semble bien inexistants à l’âge du Bronze. Pourtant, on remarquera quelques analogies matérielles, notamment autour de 1500 avant notre ère. Ces concordances sont dues au fait que les deux ensembles puisent à la même époque leur inspiration dans les répertoires diffusés depuis l’Italie centrale. Autrement dit, ces Corses et ces personnes qui vivent alors en Provence et Languedoc vont chercher au même endroit et loin de chez eux une matière pour se redéfinir sur leur propre territoire. Initialement proches, les deux styles vont évoluer pour vite se différencier et il faudra attendre l’époque des colons grecs et étrusques puis l’ère moderne pour observer de nouveaux ponts matériels entre ces deux régions.

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