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Pour ou contre l’alliage pour tous ?

La question de l’origine des matières premières métalliques manipulées par les groupes protohistoriques de Corse reste aujourd’hui ouverte. Trop peu d’analyses spectrométriques ont à ce jour été réalisées dans l’île pour déterminer la provenance du cuivre et de l’étain utilisés pour produire outils, armes et parures en bronze.

 

Le cuivre est présent en Corse surtout dans sa partie septentrionale. Ces gisements présentent des ressources relativement faibles mais néanmoins suffisantes à une métallurgie préhistorique. Même si G. Camps a avancé l’hypothèse d’une exploitation des filons de cuivre natif de Linguizetta par les groupes de Terrina dès la fin du IVe millénaire, il faut rappeler qu’aucune trace d’utilisation ou de fréquentation préhistorique n’a jamais été détectée sur ou à proximité des filons cuprifères.

 

Pépite de chalcopyrite

Pépite de chalcopyrite


Peut-être doit-on dès lors considérer que le principal fournisseur des artisans du sud de la Corse en cuivre a pu être le nord de la Sardaigne où sont connus de grands gisements de chalcopyrite et de malachite. La Toscane est aussi une origine possible. Notons que ces provenances diverses, Corse, Sardaigne et/ou Toscane, ont pu coexister, se succéder en fonction de dynamiques socioculturelles, s’annuler, etc. L’introduction de l’étain est, en revanche, le reflet de transports à longue distance, étant donné sa rareté en Méditerranée occidentale.
De manière générale, on rappellera que la rareté des matières premières à l’échelle locale ne semble jamais avoir constitué un frein au développement des métallurgies, même si la réciproque n’est pas vraie. A titre d’exemple, on peut mentionner la grande vitalité de la métallurgie du bronze catalane au IIe millénaire malgré l’absence d’étain dans la vallée de l’Ebre et les régions voisines.

 

Le manque de ressources y est pallié par la mise en place de routes d’approvisionnement, parfois sur de longues distances, et donc d’un développement des systèmes d’échange, dont on connaît l’importance dans les dynamiques de formation des identités culturelles de la période. A partir de la fin du Bronze moyen, se développe dans toute la Méditerranée un réseau de diffusions de lingots de cuivre ou d’étain purs, de production chypriote, dont l’utilisation permettait d’éviter les phases de recherche des filons et de réduction du minerai.
Un seul témoignage, décontextualisé, ne suffit pas pour considérer que la Corse a grandement profité de cette innovation. Comme remarqué et quantifié par ailleurs, la rareté des découvertes d’objets réalisés dans des alliages base cuivre témoignerait plutôt de la refonte constante, comme un écho à tous les mécanismes de recyclage constatés dans l’île pour d’autres sphères de production et de consommation .

 

Durant l’âge du Bronze, l’artefact métallique n’est plus seulement un outil/une arme mais acquiert rapidement le statut de lingot potentiel, d’où une certaine tendance à la thésaurisation dont on s’accorde pour généralement dire qu’elle constitue un élément majeur de mise en place des sociétés hiérarchisées de la période. La découverte, en Sardaigne, de nombreux lingots ox-hyde (ou « peau-de-boeuf ») égéo-chypriotes alors même que l’île possède de grandes ressources cuprifères, de même que la circulation de haches-lingots en Corse, illustrent particulièrement bien ce phénomène.

Pour encore compliquer ce constat, on signalera le fait que la récupération et la refonte systématiques des produits s’est perpétuée jusqu’à une époque très récente dans l’île, contribuant ainsi à en exacerber la rareté. Entre autres, la corporation des fondeurs des cloches est probablement à l’origine de la disparition de nombreuses pièces protohistoriques découvertes lors d’excavations anciennes, que la tradition rurale retenait comme les outils du Diable.

 

Lingot de cuivre pur de type "peau-de-boeuf" d'origine chypriote de Serra Ilixi (Sardaigne), daté des environs du XIIe siècle av. J.-C.

Lingot de cuivre pur de type « peau-de-boeuf » d’origine chypriote de Serra Ilixi (Sardaigne), daté des environs du XIIe siècle av. J.-C.

Pour finir, on évoquera ici l’absence, ou plutôt la rareté des « dépôts (de métallurgistes) », « caches (de fondeurs) » ou ripostigli en Corse, alors même que le phénomène connaît d’importants développements – notamment à partir d’une phase avancée du Bronze final – dans les régions voisines, Provence, Etrurie ou Sardaigne.

 

Encore inédit, le dépôt de trois haches (une hache à marges rehaussées de type nuragique, une hache-ciseau à légères marges rehaussées de type nuragique et une hache à bords à tranchant convexe évasé) du Monti Barbatu, dont la découverte résulte d’une érosion naturelle suivie d’une fouille clandestine puis d’une récupération des objets, constitue à ce jour le témoignage de thésaurisation le plus probant dans l’île.
La typologie des objets renvoie à un moment avancé ou terminal du Bronze final. Notons enfin que G. Camps signale un « lot de trois haches » à Mignataghja, sur la côte orientale, dont seulement une nous est parvenue (conservée au Musée d’Aleria). Il s’agit d’une lame de type Farneto-Scandiano/Baragalla imitée ou importée depuis l’Etrurie durant la seconde partie du Bronze ancien.

 

Hache du Bronze ancien de Mignataghja, conservée au musée d'Aleria (dessin : LAPMO)

Hache du Bronze ancien de Mignataghja, conservée au musée d’Aleria (dessin : LAPMO)

1 commentaire. Ecrire un commentaire

  1. essafi

    je veux vendre une pierre contenant de l’or de forme de dimensions et couleur similaire à cette pierre affichée  » pépite de chalcopyrite »

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