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Fortifications oubliées du sud de la Corse. (suite)

Suite de l’article publié le 24/11/11 –
Fortifications oubliées du sud de la Corse

Dans un premier article, nous avions rendu visite à quelques sites préhistoriques ou médiévaux du sud de la Corse-du-Sud.Nous allons cette fois faire des incursions plus au nord, dans la vallée du Taravu voire dans le Sia. Bonne ballade.
Ota : A TORRACCIA

En contrebas du chemin qui mène d’Ota vers le Capu San Petru, vers 380 m d’altitude, dominant le golfe de Portu, on peut voir les ruines dites de A Torracia.
Elles se résument aux arases d’une construction rectangulaire d’environ 25 m sur 7 m, probablement une maison forte. Au voisinage se trouvent la petite fontaine dite de Facciatella et la chapelle Santa Lucia. Plus haut vers le nord, les ruines du castellu de Rocche di Sia surplombent le chemin d’Ota vers Serriera.

Quenza : U BAMBIOLU

La Punta di u Bambiolu dite aussi sur l’IGN Punta di U Marcurinacciu domine de ses 1472 m le village de Quenza.

U Bambiolu

Son sommet porte sur son flanc ouest, le plus facile d’accès, un mur en moyen appareillage monté à sec.

Cet ouvrage fait plus penser à un soutènement qu’à une enceinte et pose le problème de sa véritable destination. Lors de notre visite du site nous avions trouvé, sur le chemin qui y mène, une pointe de flèche en obsidienne. On se questionnera sur le double toponyme de cette pointe mais on mentionnera que, en langue corse, « esse di bambiu » signifie être de travers (dictionnaire Culioli) expression tout à fait adéquate quand on contemple ce sommet sous un certain angle.

Sartene: FUNTANEDDA

A Funtanedda

 

Sur un piton rocheux de la rive gauche de l’Ortolu se trouvent les arases d’une ancienne maison forte qui faisait face au casteddu di I Talli en rive droite. Plus exactement, ces vestiges sont situés sur une terrasse boisée à l’est du piton proprement dit qui est inaccessible. On peut conjecturer qu’au sommet de celui ci se trouvaient d’autres aménagements dont un donjon : configuration classique d’un chateau médiéval (voir le castellu de Baricci). Nous pourrions donc etre en présence du castellu des seigneurs Cagnanesi dit casteddu di Fontanella, ainsi dénommé dans la chronique médiévale. En effet, page 150 de la version de cette chronique par M. Marcellesi et M. Casanova on peut lire :

   « ..Giudice qui se trouvait à Laitala (le casteddu di I Tali) entendit le bruit de la voix et aussitôt il accourut avec le plus de gens d’armes qu’il put, à pied et à cheval. Quand Giudice arriva au fleuve de Surgeni (ancien nom de l’Ortolu), le bétail et le chargement passaient le gué et les gentilshommes Cagnanesi étaient arrivés de l’autre coté pour aider leur camp…. Les Cagnanesi battirent alors en retraite. Giudice les suivit, récupéra le bétail et le chargement, puis il s’ensuivit un combat au cours duquel il tua dix hommes des Cagnanesi et mit les autres en fuite ; il prit le château de Fontanella et ensuite il l’abattit… ».

 

On comprend bien à travers ces lignes que les deux casteddi se faisaient face, à peu de distance, de part et d’autre de la rivière de l’Ortolu. De plus, la toponymie apporte un indice supplémentaire avec ce petit ruisseau de Fontanella immédiatement au sud des ruines. A l’est de celles ci, sur une terrasse bordée de précipices, on peut voir au moins deux structures caractéristiques d’anciens habitats de l’Age du Fer, identiques à celles de Cuciurpula. Merci à Monsieur Stromboni pour nous avoir emmené sur place.

Monaccia d’Aullene : A TORRACCIA

Ghjannucciu

Au nord du hameau de Ghjannucciu, au bord d’un ancien chemin, sur une table granitique, appelée A Tozza, se trouvent une partie des arases d’une tour carrée d’environ cinq mètres de coté.
On peut voir au sol quelques tessons de céramique médiévale.
Au voisinage immédiat de la tour le chemin qui venait de Bonifacio se séparait en deux. Le premier rameau descendait le long du Balatese (dénommé localement
A Vadina Grossa
) pour rallier Sartene.
Le second filait plein Nord, traversait l’Ortolu au lieu dit Caprarecciu destination l’Alta Rocca. Merci à M. Tomasi de nous avoir désigné ce site.

Azilonu Ampazza : LOCRARI

Ce castellu porte un nom qui n’est pas sans évoquer la rivière LOKRA de la carte du géographe antique Ptolémée. Mentionnons aussi qu’à peu de distance se trouve la fontaine de LOGARI.

Locrari

Pour peu que l’on soit macchjaghjolu averti on le dégottera juché sur un chaos granitique à plus de 800 mètres d’altitude, dominant, et donc contrôlant, l’ancien chemin d’Azilonu à Zevacu. La terrasse sommitale, à l’ouest, porte encore quelques restes d’arases hourdées à la terre glaise, probablement celles du donjon. Sous celles-ci, il semble y avoir une citerne. A l’est, une autre terrasse montre d’autres fondations : logis, enceinte ? Au sud et au nord, des soutènements en gros appareils, probablement d’origine préhistorique, barrent de raides couloirs. Depuis Locrari on pouvait voir d’autres châteaux de la seigneurie de l’Urnanu : Urbalacone, Santa Maria, Urbichini (l’accent tonique est sur la dernière syllabe), A Pedilonga …voire même de la seigneurie voisine comme Istria ou L’Onda.

Moca Croce: L’ONDA

Perchée à la même altitude que le château de Locrari, cette fortification lui faisait face de l’autre coté du Taravu.

L' Onda

Le piton qui la porte émerge à peine du maquis arborescent qui le cerne. Il ne reste quasiment rien de ce castellu et sans la découverte de quelques tessons dans les ravins qui l’entourent on pourrait douter de sa localisation. Il est cité dans la chronique médiévale (page 231 Marcellesi-Casanova) quand Battista de Zoaglia s’en empare à la fin du XIV ème siècle. Vannina Marchi (La Corse Génoise page 432) relate la prise sans combat de ce château par Vincentello d’Istria en 1491. On partagera ses doutes sur l’effectif de l’armée qui se présenta en cette occasion devant cette minuscule forteresse soit 1500 hommes ! L’utilité de ce castellu résidait certainement dans le contrôle qu’il pouvait exercer sur le col de Saint Eustache tout proche en « collaboration » avec la tour de Tiga. Par ailleurs, si l’on se rappelle qu’il existait un château à l’origine du village de Pitretu, on peut penser que ces deux fortifications, distantes de cinq kilomètres, ont été bâties à peu prés à la même époque dans un souci de maillage du territoire.

Albitreccia : A PEDILONGA

PEDILONGA (vue générale)

Les pauvres restes de ce château de la seigneurie de L’Urnanu dorment sur une longue et étroite barre rocheuse d’une quarantaine de mètres de long, orientée nord-est – sud-ouest, à plus de 950 mètres d’altitude et dominent le chemin du col Saint Georges à la plaine. L’extrémité nord-est du site est la seule partie « confortable ». L’autre extrémité est occupée par un énorme rocher caractéristique au pied duquel se trouve le couloir d’accès qui monte depuis l’ouest.

PEDILONGA (accès)

Le tout domine les environs de vingt mètres coté nord-ouest et au moins le double coté sud-est. Même si les armoiries du village de Cognocoli Monticchi portent six couronnes en souvenir des six châteaux de la commune, Piazzili, Pedilonga, Petretu, Muntichji, Calanchi et Cugnocolu (www.cognocoli.free.fr), les limites administratives sont ce qu’elles sont et A PEDI LONGA se trouve bien sur la commune d’Albitreccia. Le castellu de A PEDI LONGA est rapidement et indirectement cité dans la chronique (page 436 Marcellesi-Casanova) quand, au quinzième siècle, Orlando d’Ornano édifia une tour en face du castellu. On profitera de cette évocation rapide du castellu de A PEDI LONGA pour faire un aparté sur les innombrables toponymes corses basés sur le mot « pede », certainement plusieurs centaines. Petru Casanova dans son dictionnaire thématique « Motti » en donne la traduction la plus plausible : « rupture de pente, replat, terme indiquant un contrebas d’accès ou de proximité et non d’un piémont, toujours suivi d’un toponyme, espace ou partie à la base d’une élévation d’un relief ; préfixe fréquent en toponymie sous la forme élidée ou plurielle… ». En l’espèce, le nom du château viendrait donc de ce long replat en pente douce coincé entre la barre rocheuse fortifiée et les falaises toutes proches de la Punta di Tassiccia.

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