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La transhumance au premier âge du Fer en Alta Rocca ?

Les travaux menés récemment à l’échelle de la micro-région de l’Alta Rocca sur le plan de la perception globale des habitats du premier âge du Fer apportent un complément hypothético-déductif à la perception des modalités économiques qui contribuent à définir la période.
Lors des relevés systématiques engagés depuis 2009 en collaboration avec F. de Lanfranchi, on a pu observer la présence récurrente d’édifices de culte d’époque romane et/ou de fortifications médiévales à proximité et/ou sur les sites datés de la première moitié du Ier millénaire : chapelle (XVIe siècle ?) San Roccu près de Cumpulaghja, chapelle San Ghjuvani et tour (de péage ?) à Buri, chapelle de San Larenzu entre Capula, Saparaccia et Nuciaresa, château des Biancolacci à Capula, chapelle San Ghjacumu à Riccu, chapelle de Santa Maria près de Puzzonu, château de Rinucciu à Cuciurpula, château de Contudine entre Cuciurpula et Bucchinera ; ce dernier site étant établi sur le toponyme Castedducciu, évoquant le souvenir d’une tour médiévale.

Toutes ces constructions relèvent d’une structuration du paysage active durant les temps glorieux de la seigneurie de la Rocca, entre la fin du XIIe et le début du XVIe siècle. Les réseaux de chapelles romanes, toutes éloignées des centres habités sauf Santa Maria à Quenza, et surtout la station de péage de Buri n’ont de raison d’être que par leur position sur les routes vernaculaires dont beaucoup figurent sur les plus anciens cadastres.
Ces chemins sont en fait ceux de la transhumance et étaient pratiqués par les bergers de l’Alta Rocca passant l’hiver en Pian’d’Avretu et l’été sur les hauts pâturages du plateau du Cuscionu.

Le plateau du Cuscionu, territoire d’estive vernaculaire

Sans vouloir appliquer de manière trop manichéenne ce schéma d’occupation du territoire aux époques protohistoriques, les superpositions sont tellement évidentes qu’il paraît vraisemblable que les routes médiévales reprennent à leur compte les tracés utilisés depuis le premier âge du Fer, voire avant.
Si les besoins de circulation constituent leur fonction première, on peut raisonnablement s’interroger sur leur rôle dans une éventuelle pratique de la transhumance normale à des époques plus reculées.

Le Cuscionu en hiver

La question se pose plus particulièrement pour les sites de Bucchinera (1530 m) et de Cuciurpula (920-1050 m), dont l’occupation hivernale devait être particulièrement difficile, surtout à partir de la détérioration climatique sub-atlantique qui s’opère au cours du VIIe siècle (Van Geel et al., 1996). Dès lors, il convient de s’interroger sur une possible occupation saisonnière de ces habitats, voire de l’abandon du second à partir du moment où les conditions de vie n’y sont plus favorables.

La rythmicité éventuelle de l’occupation, la proximité des routes vernaculaires, la pratique traditionnelle de la transhumance sous cette forme dans le secteur et la position de Bucchinera sur une estive utilisée jusqu’au XIXe siècle sont autant d’indices hypothétiques de la pratique de l’élevage mobile. On espère que les rares vestiges fauniques découverts à Cuciurpula 6 sauront contribuer à alimenter cette problématique.

Transhumance des brebis dans le Falasorma


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